L'aéronautique militaire en photos

       

modifiée le 22 JANVIER 2013        

                                                                                                                                       Le 3ème R.H.C d'Etain, le "Régiment de la nuit" 

 

 

  C’est sous cette formule officieuse que le 3ème Régiment d’Hélicoptères de Combat  peut maintenant se faire surnommer. Implanté sur la base d’ETAIN-Rouvres, ce régiment a en effet pour vocation le combat nocturne.

ETAIN JPO 5.jpg (87192 octets)

Un SA 330 Puma qui montre bien son 

appartenance au 3ème ! Ph. Y F 

Au départ, l’ALAT peut être considérée par tradition, comme l’arme de «l’urgence ». De jour, dès qu’une division se trouve bloquée ou débordée, il est fait appel aux hélicoptères pour la protection sur les flancs ou une projection loin à l’avant afin de détruire le maximum de véhicules blindés ennemis. Cet engagement diurne reste toujours l’une des missions principales de l’ALAT. Toutefois, l’apparition de capteurs très performants a conduit à leur adaptation sur les matériels en service, les missions nocturnes devenant ainsi réalisables. Par contre, ces missions de nuit ne souffrent d’aucune improvisation ; elles sont donc planifiées, préparées sur des objectifs parfaitement identifiés, lorsqu’ils sont fixes. Pour l’attaque de nuit sur des objectifs mobiles, il est nécessaire de recourir à des sources de renseignements terrestres ou aériennes continues. Dans ce dernier cas, le plus difficile consiste à faire rencontrer deux mobiles (l’objectif et l’hélicoptère antichar) là où l’ALAT a décidé de détruire cet objectif !  

LA BASE DANS LE PASSE  

Située dans le département de la Meuse, à une vingtaine de kilomètres à l’est de Verdun, cette base est aussi connue pour avoir hébergé durant plusieurs années des avions de combat de l’U.S.A.F.E. Mais son histoire remonte à quelques années avant la Seconde Guerre Mondiale. Crée en 1936, le terrain d’aviation de Rouvres (du nom du village proche de la base actuelle)  est tout d’abord utilisé pour l’entraînement des avions français. En septembre 1939, il sert de base au  Groupe de Reconnaissance II/22 sur Bloch 131 qui ne reste qu’une quinzaine de jours pour céder la place aux ‘Hurricane’ du 73 Squadron de l’‘Advanced Air Striking Force’ de la R.A.F. durant la ‘drôle de guerre’. Après la défaite, la Luftwaffe remet en état le terrain passablement endommagé, qu’elle utilise ensuite. En 1944, il abrite la  JG 26 et ses Fw 190. Le 8 novembre 1944, s’installent les 377th,  378th,  et  379th  Fighter Squadrons du 362nd Fighter Group équipés de P-47. Le site reçoit le code A82. Ces unités quittent Etain-Rouvres pour l’Allemagne dès avril 1944.

C’est en 1953 que débutent les travaux de réaménagement du site. Une piste en béton de 2400 mètres et de nouveaux bâtiments sont construits. La base abrite les F-86 « Sabre» du 388th FBW, unité qui passe ensuite sur F-100 « Super Sabre ». Ces appareils quittent Etain début 1959 ; la base rentre ainsi dans une période très calme, vite troublée en 1961 par la crise de Berlin. Celle-ci sera prétexte à l’envoi sur la base de chasseurs F-84F « Thunderstreak » du 121st TFW, l’unité devenant provisoirement 7121st TFW. En 1963, les troupes américaines quittent définitivement la base. En 1967, le Groupe d’Aviation Légère de la 4ème Division (GALDIV 4) s’installe sur la base d’Etain, rendue aux autorités françaises. Ce groupe est d’abord équipé d’Alouette II, puis d’Alouette III antichars armées de missiles SS11 et de Puma. En 1976, des hélicoptères ‘Gazelle’ sont affectés au GALDIV 4.

Suite à la restructuration de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre qui intervient en 1977, le 3ème R.H.C. est créé sur le site d’Etain-Rouvres, à partir du GALDIV 4. 

HISTORIQUE DU 3ème  RHC

  Le 3ème RHC est l’héritier des traditions du 3ème  Groupe Aérien d’Observation d’Artillerie créé le 16 mai 1947 à Haïphong  (Indochine) à partir du peloton d’avions de la 9ème Division d’Infanterie Coloniale. Il est alors équipé de Morane Saulnier MS 500 ‘Criquet’, la version française du fameux Fieseler ‘Storch’ allemand. Les équipages sont mixtes : pilotes issus de l’armée de l’Air et observateurs de l’Artillerie.  La mission est très claire : le réglage d’artillerie avant tout. Le 3ème GAOA est engagé dans plusieurs opérations au Tonkin (fin 1947, novembre 1948 à janvier 1949). Le 1er octobre 1950, le 3ème GAOA devient le 23ème GAOA. Le groupe opère à partir du terrain d’Hanoï-Gia Lam, puis de Bach Maï et fournit aussi des détachements opérationnels sur Haïphong, Nam Binh et Cat Bi. La mission évolue, et le réglage de tir d’artillerie ne représente plus qu’une très faible proportion des missions au profit de la reconnaissance et de l’accompagnement des troupes au sol ainsi qu’à la liaison. Le groupe s’illustre dans toutes les opérations du Tonkin comme celles de Vinh Yen, la Rivière Noire (décembre1951), RC6 (janvier 1952), Hoa Binh (février 1952) et Na San (novembre 1952).

Le groupe se replie sur Donson (Tonkin) le 27 juillet 1954, terrain qu’il quitte pour Saïgon le 28 avril 1955. Le 23ème GAOA est dissous le 31 mai 1955. Il totalise alors 34.500 heures de vols de guerre effectuées en 13.600 missions. Quarante quatre avions ont été atteints ou détruits par la DCA !

Le 1er août 1977 est créé le 3ème Régiment d’Hélicoptères de Combat, qui reprend les traditions du 23ème GAOA. Dès 1980, le régiment conduit l’expérimentation du système d’arme antichar ‘HOT’.  

En 1985, le régiment est intégré à la 4ème division Aéromobile (qui deviendra 4ème Brigade Aéromobile en juillet 1999)

Le Régiment participe à l’opération ‘Tempête du désert’ lors de l’offensive finale contre les troupes irakiennes du 21 au 28 février 1991. Ce sera l’occasion pour l’unité de réaliser quelques ‘cartons’ sur des objectifs de l’armée irakienne, malgré des conditions d’emploi des matériels fort différent du contexte centre-Europe  pour lequel les tactiques de combat avaient été élaborées. Puis lors du conflit en ex-Yougoslavie, en mars et avril 1992,le 3ème R.H.C. participe à l’évacuation de plus de 750 personnes de l’enclave de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine.

En 1994, le 3ème RHC est présent lors de l’opération humanitaire ‘Turquoise’ au Rwanda.  Des ‘Gazelle’ HOT VIVIANE du régiment sont envoyées en Egypte en octobre 1997 lors d’un exercice « Bright Star ». Le 3ème RHC participe aux détachements ALAT de l’opération ‘Trident Humanitaire’ en Macédoine (décembre 1998 à avril 1999) et effectue des missions d’héliportages au Kosovo en juin de la même année.

Sous mandat de l’ONU, le 3ème RHC participe avec la Marine Nationale à l’opération ‘Santal’ au Timor Oriental (Indonésie), de septembre à décembre 1999. (1)

Les missions à caractère humanitaire se poursuivent  puisque le régiment est engagé dans l’opération ‘Limpopo’, au Mozambique, en mars 2000 afin de secourir les populations sinistrées par les inondations. Le 4 juillet de cette année est créée la 1ère escadrille ‘Mistral’ du 3ème RHC (EHAP1).

De mai à septembre, le 3ème RHC  arme les deux détachements ALAT engagés dans les Balkans, un en Bosnie, le second au Kosovo.

Le Régiment participe à l'opération "Licorne" en Côte d'ivoire dés janvier 2003, théâtre qu'il retrouvera en juin 2004. Les hélicoptères n'y ont pas fait de figuration, puisque plusieurs centaines d'obus de 20 m/m ont été tirés en appui lors  de "rencontres" entre nos troupes au sol et les rebelles ! 

Suite au tsunami de janvier 2005, 9 Puma du 3ème RHC sont projetés en 72 heures en Indonésie afin de porter secours aux populations sinistrées par acheminement de vivres, médicaments, eau potable et matériels de reconstruction tout en assurant le transport de plusieurs centaines de personnes. Bref, les missions humanitaires sont toujours à l'ordre du jour ! 

Gazelle BYJ en vol.jpg (72314 octets)

En rassemblement, une Gazelle du 

3ème RHC. Photo YF

LE 3ème R.H.C. en 2005

                  Fort d’environ 950 personnes, dont 78 officiers et 482 sous-officiers, le 3ème RHC se compose de 12 escadrilles : 4 de logistique et de soutien qui permettent la mise en œuvre de 46 hélicoptères (30 Gazelle et 16 puma) répartis en 7 escadrilles de  vol. Celles-ci nous intéressent plus particulièrement. Le régiment est constitué d’une escadrille de reconnaissance, l’EHR (Esc. d’Hélicoptères de Reconnaissance) qui utilise une dizaine de Gazelle, en version dite ‘lisse’ pour la ‘reco.’ de jour ou équipées d’une caméra VIVIANE pour la reconnaissance de nuit. Une partie de la protection des autres hélicoptères engagés est dévolue à la toute récente EHAP 1 (Esc. d’Hélicoptère d’Appui Protection) dotée de 7 SA 342 Gazelle ‘Mistral’. Le système ‘Mistral’ est le plus récent  mis en œuvre au sein de l’ALAT. Mais il est à noter toutefois, que pour des raisons «administratives», la pleine capacité opérationnelle nocturne de l’escadrille n’est pas encore officielle même si la plupart des équipages est d’ors et déjà qualifiée au combat de nuit. Armées de 4 missiles air-air ‘Mistral’, les Gazelle de l’EHAP 1 sont en mesure d’engager des hélicoptères ou des avions de combat en vol subsonique. Rappelons que le missile ‘Mistral’ est une arme à guidage infrarouge de type ‘tire et oublie’ qui contient 3kg d’explosif et 1500 billes de tungstène. Dès le tir, le propulseur  fonctionne 2 secondes ce qui permet une accélération à Mach 2,4, puis le vol se poursuit en balistique avec guidage jusqu’à l’impact ou l’explosion déclenchée par une fusée de proximité (d’une portée d’environ 5 mètres). Le domaine de tir idéal est compris entre 800 et 5500 mètres pour un plafond de 3000 mètres. Une sécurité provoque la destruction du missile après 14 secondes de vol, ce qui correspond à une distance 6 kilomètres. Le tir en vol stationnaire (type embuscade) est privilégié. Les quatre armes peuvent être tirées en une seule salve ou 2 par 2. Dés le premier missile tiré, un second reste accroché sur la cible, si ce second missile ci est tiré, un autre prend le relais, etc...  L’équipage dispose d’un viseur ‘tête haute’ T200. Le calculateur prend en compte l’ensemble des paramètres du vecteur et de la cible pour idéaliser la trajectoire. Les E3F SDCA de l’Armée de l’Air peuvent aussi parfaitement diriger les Gazelle de l’ALAT contre des chasseurs ou des hélicoptères volant à basse altitude.  Le système trouve ses limites dans le contraste infrarouge, qui est très dégradé par forte humidité (brouillard par exemple). Le dernier obstacle à franchir pour un emploi nocturne est celui de l’identification de la cible. Un interrogateur IFF en évaluation est en fin de développement et permettra enfin le combat antiaérien de nuit. Pour parfaire l’entraînement, l’escadrille peut compter sur une dotation annuelle de trois missiles qui sont tirés sur des drones. Les dernières campagnes de tir au Centre d’Essais des Landes de Biscarosse en novembre 1999 et aux îles du Levant en avril 2000 ont vu 100% de coups au but.

ETAIN JPO 1.jpg (66308 octets) cockpit gazelle en vol.JPG (35610 octets) gazelle BXS décollage.JPG (68675 octets)
La Gazelle de recco  'BXO' prête à s'aligner.... Equipage (le pilote est en place droite, le chef de bord en place gauche) en vol. YF SA 342 Gazelle ‘ BXS’ s’envole pour une mission d’entraînement. A noter en arrière plan, une autre machine utilisée pour l'entraînement spécifique au vol aux instruments. YF

L’EHAP 2 utilise quant à elle dix SA 341 Gazelle ‘canon’, une version légèrement moins motorisée que la SA 342. En effet, cette version est dotée d’une turbine Astazou IIIA d’une puissance maximale de 600CV (contre 840CV). Elle emporte en point droit un canon GIAT M621 de 20m/m d’une cadence de 700 coups par minute approvisionné à 240 obus. Associé au collimateur tête haute T200, il permet  le combat air/sol et air/air. D’une portée idéale de 800 mètres il est maintenant, avec l’apparition du missile ‘Mistral’, plus orienté vers l’appui sol, l’escorte en profondeur des ‘Puma’ de transport ou la reconnaissance armée  au profit des troupes au sol (exemple d’utilisation lors du conflit au Kosovo). Le cadre d’emploi des SA 341 ‘canon’ de l’EHAP2 inclus le tir de nuit avec JVN.

L’escadrille assure de nombreux  détachements outre-mer (Balkans, Djibouti…) Cette version d’appui est démunie du système de navigation NADIR mais toutefois équipée du GPS.                 

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SA 330 n° 1198 codé ‘BZR’ de l’EHM1 dans

 son camouflage conçu pour les zones désertiques. Ce camouflage est permanent et les PUMA ne sont pas repeints au retour d’un détachement 

outre-mer. Photo YF

                                                     Le transport est assuré par les EHM 1 et EHM 2 (Escadrille d’Hélicoptères de Manœuvre) équipées chacune de 7 SA 330 Puma  (Ci contre). Ces deux escadrilles doivent elles aussi faire face à de nombreux détachements en outre-mer avec en corollaire les vols opérationnels qui prennent le pas sur le quota des vols d’entraînement. De plus, durant la saison estivale, une machine est en alerte pour le renfort de la lutte contre les feux de forêts dans le sud de la France. Malgré tout, les pilotes effectuent en moyenne 150 heures de vol par an, ce qui permet de maintenir la qualification, y compris en vol de nuit. Les deux EHM n’ont pas pour vocation première de voler la nuit, toutefois environ 20% des heures sont consacrées aux missions nocturnes sous JVN.

 

 

 Fer de lance du régiment, les EHA 1 et 2 (Esc. d’Hélicoptères d’Attaque) sont dotées chacune de dix SA 342 Gazelle HOT ‘VIVIANE’. Ce système rassemble dans une même plate forme gyro-stabilisée une caméra thermique associée à une caméra optique ainsi qu’un télémètre laser. Il permet l’acquisition et le tir sur une cible de jour comme de nuit, par tous les temps. La caméra infrarouge offre quatre champs décrits dans le tableau ci dessous :

CHAMPS GROSSISSEMENTS
Très grand champ 30° × 20° 1,5 ×
Grand champ 6° ×  4° 7,5 ×
Champ restreint 2,4° × 1,6° 19 ×
Loupe 1,2° × 0,8° 38 × 

 Le grossissement le plus élevé est principalement utilisé lors du tir d’un missile HOT pour la visée sur un point très précis tels qu’une porte ou une fenêtre d’un bâtiment. La caméra  optique offre quant à elle deux grossissements : 3,2× et 11×. Le télémètre laser a une portée de 8000 mètres. Pour la restitution de la mission, un enregistreur REVIITAX peut être ajouté.(3)   

                                                                 Moniteur Viviane.jpg (41957 octets)   

Ci dessus, prés au tir, gros plan sur le moniteur de restitution du système VIVIANE. Le réticule se situe sur le hangar principal de la base désaffectée de Chambley, à une distance d’environ 3600m. L’affichage peut se faire en mode normal ou inversé (positif/négatif), au choix. Dans un proche avenir, ce petit moniteur devrait être remplacé par un écran plat de plus grandes dimensions. Ici, l’hélicoptère n’est pas visible de l’objectif, seule le viseur VIVIANE dépasse du sommet des arbres.

En cas de conflit, la mission de ces escadrilles, engagées au sein de la brigade aéromobile, consiste à détruire en priorité les véhicules blindés ennemis. Les hélicoptères peuvent intervenir dans ce cas sur les flancs des troupes amies ainsi que dans la profondeur du dispositif ennemi jusqu’à une distance de plusieurs dizaines de kilomètres ! Particularité du 3ème RHC, la capacité d’attaque nocturne grâce à la Gazelle HOT ‘VIVIANE’.

            En effet, premier régiment doté de Gazelle ‘VIVIANE’, le 3ème RHC a eu en charge l’expérimentation  de ce système durant ces quatre dernières années ainsi que la formation des premiers équipages. Durant cette expérimentation, les équipages ont ainsi vu leur taux d’heures de vol de nuit augmenter sensiblement, puisque chaque pilote a effectué en moyenne 170 heures de vol par an, prés d’un tiers de ce total consacré aux heures de nuit. Toutefois, cette proportion est d’ors et déjà maintenue pour l’entraînement. Il est à noter qu’en plus des vols d’entraînement de nuit, chaque pilote tire un missile ’HOT’ de nuit chaque année. Les derniers tirs effectués l’ont été en Norvège, lors d’un exercice international, ce qui a permis à nouveau de tester le système par grand froid. (4)                                                                                                                                                                             

UNE MISSION HOT VIVIANE 

LE BRIEFING : Les missions nocturnes, d’attaque comme ici, ou de reconnaissance, impliquent donc une préparation minutieuse. Un briefing détaillé permet de planifier tous les détails de l’opération. Nous avons pu le vérifier au cours d’une répétition de jour d’une mission de type nocturne. Lors de notre visite, l’objectif à traiter se situe sur l’aérodrome désaffecté de Chambley, à une trentaine de kilomètres au sud d’Etain.

L’ordre de mission est arrivé 4 heures auparavant. Les équipages ont étudié l’itinéraire, les postes de tir et la coordination. Nous en sommes à la phase de restitution et de coordination, phase ultime avant le décollage. Une patrouille de deux Gazelle HOT ‘VIVIANE’ est prévue, avec comme objectifs un centre de commandement et un hangar.

La préparation du vol s’effectue à partir de photographies aériennes, de renseignements d’unités au sol et de cartes au  1/50000ème. Ces cartes permettent de vérifier l’environnement des objectifs (présence de végétation, de lignes à haute tension). Ici, il est clair et dégagé, seule la présence de bâtiments à l'arrière-plan pourrait se révéler gênante et entraîner une confusion avec les objectifs. Il est donc important de relever avec précision un azimut et un site de manière à préafficher ces éléments pour être certain que ce qu’il y aura dans le viseur sera bien le but à détruire. Une fois le point faible de l’objectif trouvé, il faut déduire le meilleur poste de tir et en déduire ainsi le cheminement le plus sûr pour y arriver Les calculs ont été faits : le poste de tir idéal est choisi ainsi que l’itinéraire d’infiltration en ‘allure de combat’ (5)

L’ailier traitera le premier objectif (le centre de commandement) au 167, le chef de patrouille attaquera le second au 180. Les distances des objectifs aux postes de tir seront respectivement de 3500 et 3800 mètres pour un temps de vol des missiles HOT de 15 et 16 secondes. L’altitude de tir sera de 250 mètres.

 La précision des cartes permet de visualiser fermes isolées, petites routes, chemins, thalwegs. Bref, tout ce qui pourra faciliter le cheminement ! L’itinéraire de mise en place et le timing sont calculés. Cette préparation de mission permet aux équipages de faire un déroulé de mission en silence radio complet jusqu’à l’horaire de mise à feu.

Bref rappel des fréquences radio et des conditions de sécurité (activation des zones aéronautiques ou non, présence d’autres vols de nuit) et nous partons aux machines. (6)

 

LE VOL : 

Dés le décollage nous obliquons vers le sud en troisième allure (120 mètres d’altitude, 200km/h), nous passons ‘Lima India Alpha 1’, un point de convergence de deux lignes à haute tension, puis un petit village où personne ne semble prêter attention à nos machines, pour arriver en pleine campagne : des champs à perte de vue semés de quelques bosquets ici et là. La camera VIVIANE est activée. Sa précision est réellement stupéfiante ! De petits objets sont distingués bien avant de les voir réellement. Là, un vieux fût d’essence au bord d’un chemin, plus loin une petite remorque dans l’ombre d’un arbre… D’importants bosquets à la lisière desquels nous louvoyons  à vive allure permettent une progression discrète.                                                                                                                   

Changement de grande direction au point ‘Bravo2’ où nous mettons le cap à l’ouest. Les bois laissent à nouveau place aux cultures et pâturages. Arrive le point ‘Charlie3’, nous passons en première allure (50 m et 120 km/h maximum). Nous longeons les côtes de Meuse jusqu’à la côte des Eparges. Changement de cap pour repartir plein est. Nous passons très prés d’une ligne à haute tension au bout de laquelle se trouve un transformateur. Puis une petite route départementale passée à 90° s’efface rapidement. J’ai juste le temps d’apercevoir quelques automobilistes surpris ou impressionnés car nous volons bas ! Puis débute l’infiltration tactique. Arrivés au ‘P.A.C.’ (Point d’ Allure de Combat), à une distance d’environ 5 kilomètres du poste de tir, la patrouille passe en ‘allure de combat’. Les hélicoptères réduisent la vitesse, nous descendons en dessous des 50 mètres pour une vitesse de quelques dizaines de kilomètres à l’heure ! En fait, les machines épousent chaque relief, chaque dépression. J’ai l’impression que nous allons nous poser, mais le vol se poursuit. Magie de l’effet de sol. Une ligne moyenne tension barre la route à la patrouille. Je ne vois que les poteaux, mais les lignes mortelles sont là, parfaitement visibles sur le moniteur de la caméra VIVIANE. Un petit thalweg permet aux hélicoptères de se faufiler sous les câbles électriques, la menace létale pour un hélicoptère léger est évitée en toute sécurité. La progression continue au-dessus des champs balayés par le souffle des rotors. Je me rends vite compte que l’altitude est vraiment très basse car la patrouille s’approche d’enclos à  bétail et les hélicoptères doivent  prendre un peu de hauteur pour passer de simples clôtures ! Gazelle en allure de combat.jpg (104432 octets)

 

La hauteur de vol, si le terme est encore fondé, n’excède guère le mètre ! Une forêt est devant notre formation, nous profitons du couvert de ses grands arbres. Le silence radio est total, nul ne devrait donc se rendre compte de notre approche avant qu’il ne soit trop tard. 35 minutes de vol et nous arrivons sur le poste de tir. La patrouille se maintient en vol stationnaire, toujours très prés du sol. Le ‘T.O.T.’ (Time On Target) est prévu à H+36’. 

Cette minute de répit est mise à profit pour vérifier l’aptitude au tir et l’espacement des machines, ainsi que pour préparer le tir laser. TOT : les machines s’élèvent verticalement. Les bâtiments de Chambley sont clairement visibles au-dessus des frondaisons. Maintenant nous sommes détectables ! Les contacts radios sont rétablis. Le chef de patrouille annonce :

-« prêt »

 Puis commande :

-« tir laser, 3, 2, 1, top ! »

Les deux machines effectuent simultanément un tir laser. Les distances aux buts et les temps de vol des missiles sont contrôlés, les azimuts et gisements confirmés. Puis,

            -« Pour un tir missile, 3, 2, 1, feu ! »

16 secondes plus tard, le chef de bord annonce :

            -« destruction »

Le chef de patrouille ordonne :

            -« esquive »

Immédiatement les hélicoptères replongent sous le couvert des arbres et s’éloignent du poste de tir en allure de combat. La durée pendant laquelle les hélicoptères sont restés à découverts n’a pas excédé 60 secondes, bien peu de temps pour que l’adversaire puisse tenter quoique ce soit !

Arrivée au ‘P.A.C.’ la patrouille se reforme pour un retour vers la base d’Etain. Nous atterrissons après 1 heure et 10 minutes de vol.     

Gazelle BYJ RHC 3 en vol.jpg (53445 octets) Tab de bord Gazelle.jpg (58369 octets) Pat Gazelle 3ème  RHC.jpg (58479 octets)
Le vol retour peut se dérouler à une altitude un peu plus élevée. La présence du viseur VIVIANE ne dénature guère la silhouette gracile de la Gazelle. La petite taille de cet hélicoptères est un atout. A noter la disparition de l’insigne de l’ALAT qui se trouvait sur le ‘fénéstron '.  YF Tableau de bord d'une Gazelle. YF

Cette vue d ’une patrouille de  Gazelle HOT VIVIANE nous montre le viseur en position ‘convoyage’ (tourné de 180°) ainsi que les poutres d’emport des missiles HOT. Le 3ème RHC peut voler avec ces nouvelles maquettes de missiles HOT.  YF

Cette mission, effectuée de jour, se déroulerait de nuit exactement dans les mêmes conditions. La seule différence réside dans l’équipement, puisque les équipages sont alors munis de J.V.N.

Yves FAUCONNIER 

NOTES :  

(1)     Beaucoup plus prés de nous, après la tempête du 26 décembre, quelques ‘Gazelle’ sont sollicitées au profit de l’E.D.F. pour des missions de reconnaissance des lignes à haute tension.

(2)     Outre ces deux détachements, qui mobilisent 270 personnes pour 4 mois, ainsi que d’autres dans des pays d’Afrique, le régiment assure aussi une permanence pour 6 mois au sein du DétALAT embarqué sur la « Jeanne d’Arc » ! Pour certains équipages, cela représente jusqu’à 8 mois de présence hors de la métropole.

(3)   Les capacités du système sont aussi pleinement utilisées par l’EHR lors de missions nocturnes et autorisent ainsi une reconnaissance à distance de sécurité et une complète restitution au retour du vol.

(4)   Une expérimentation grand froid (par –25°) avait déjà eu lieu en février 1998 à Valcartier, au Canada.

(5)   L’allure de combat est un couple hauteur minimale/vitesse maximale indissociable. 3 allures de combat existaient déjà dans l’ALAT : 3ème allure (120/150 mètres minimum à la vitesse maximale des machines), 2ème allure (100m mini, 180km/h maximum) et 1ère allure (50m mini, à une vitesse maximale de 120km/h). L’allure de combat permet l’ouverture d‘un domaine de vol nouveau. Elle utilise l’effet de sol, pour des évolution au ras de celui-ci à des vitesses de l’ordre de quelques dizaines de km/h tout au plus !

(6)   Les missions de nuit nécessitent systématiquement le dépôt d’un plan de vol.  

Remerciements :  :L’auteur exprime ses plus vifs remerciements au LCL Perrot, Chef de Corps du 3ème RHC, et à tous ses personnels qui, par leur accueil et disponibilité, ont rendu possible ce reportage ainsi qu’au Cdt Bou, du SIRPA/Terre. Un grand merci au Capitaine Lecaplain pour le vol photo ! (2000). Mes remerciements les  plus vifs au Lieutenant Philippart pour les facilités offertes (2005).

JPO des 18 et 19 Juin 2005

ETAIN JPO 7.jpg (56268 octets) ETAIN JPO 3.jpg (81312 octets) ETAIN JPO 4.jpg (87245 octets)
2  vues des Gazelle du 3ème RHC, sous cet angle, cet hélicoptère gracile impose un peu plus de respect !
ETAIN JPO 2.jpg (82839 octets) ETAIN JPO 6.jpg (79318 octets)
Un BO 105 Allemand quitte le parking Super Puma Suisse au roulage

Belle démo d'extraction de commandos,

 ceux du 13ème RDP de Dieuze.

 

Avec mes plus vifs remerciements au Lieutenant Philippart pour son aide, 

Yves Fauconnier

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