|
modifiée
le 22 JANVIER 2012
Le 3ème
R.H.C. d’ETAIN, le Régiment de la nuit.
C’est sous cette formule officieuse que le 3ème
Régiment d’Hélicoptères de Combat peut
maintenant se faire surnommer. Implanté sur la base d’ETAIN-Rouvres, ce
régiment a en effet pour vocation le combat nocturne.
 |
|
Un
SA 330 Puma qui montre
bien son
appartenance au 3ème
! Ph. Y F |
Au départ, l’ALAT peut être considérée par
tradition, comme l’arme de «l’urgence ». De jour, dès qu’une
division se trouve bloquée ou débordée, il est fait appel aux
hélicoptères pour la protection sur les flancs ou une projection loin à l’avant
afin de détruire le maximum de véhicules blindés ennemis. Cet engagement
diurne reste toujours l’une des missions principales de l’ALAT. Toutefois,
l’apparition de capteurs très performants a conduit à leur adaptation sur
les matériels en service, les missions nocturnes devenant ainsi réalisables.
Par contre, ces missions de nuit ne souffrent d’aucune improvisation ;
elles sont donc planifiées, préparées sur des objectifs parfaitement
identifiés, lorsqu’ils sont fixes. Pour l’attaque de nuit sur des
objectifs mobiles, il est nécessaire de recourir à des sources de
renseignements terrestres ou aériennes continues. Dans ce dernier cas, le
plus difficile consiste à faire rencontrer deux mobiles (l’objectif et l’hélicoptère
antichar) là où l’ALAT a décidé de détruire cet objectif !
LA BASE DANS LE PASSE
Située dans le département de la Meuse, à une
vingtaine de kilomètres à l’est de Verdun, cette base est aussi connue
pour avoir hébergé durant plusieurs années des avions de combat de l’U.S.A.F.E.
Mais son histoire remonte à quelques années avant la Seconde Guerre
Mondiale. Crée en 1936, le terrain d’aviation de Rouvres (du nom du village
proche de la base actuelle) est
tout d’abord utilisé pour l’entraînement des avions français. En
septembre 1939, il sert de base au Groupe
de Reconnaissance II/22 sur Bloch 131 qui ne reste qu’une quinzaine de jours
pour céder la place aux ‘Hurricane’ du 73 Squadron de l’‘Advanced
Air Striking Force’ de la R.A.F. durant la ‘drôle de guerre’.
Après la défaite, la Luftwaffe remet en état le terrain passablement
endommagé, qu’elle utilise ensuite. En 1944, il abrite la
JG 26 et ses Fw 190. Le 8 novembre 1944, s’installent les 377th,
378th, et 379th
Fighter Squadrons du 362nd Fighter Group équipés de P-47. Le site
reçoit le code A82. Ces unités quittent Etain-Rouvres pour l’Allemagne
dès avril 1944.
C’est en 1953 que débutent les travaux de
réaménagement du site. Une piste en béton de 2400 mètres et de nouveaux
bâtiments sont construits. La base abrite les F-86 « Sabre» du 388th
FBW, unité qui passe ensuite sur F-100 « Super Sabre ». Ces
appareils quittent Etain début 1959 ; la base rentre ainsi dans une
période très calme, vite troublée en 1961 par la crise de Berlin. Celle-ci
sera prétexte à l’envoi sur la base de chasseurs F-84F « Thunderstreak » du 121st TFW, l’unité devenant
provisoirement 7121st TFW. En 1963, les troupes américaines
quittent définitivement la base. En 1967, le Groupe d’Aviation Légère de
la 4ème Division (GALDIV 4) s’installe sur la base d’Etain,
rendue aux autorités françaises. Ce groupe est d’abord équipé d’Alouette
II, puis d’Alouette III antichars armées de missiles SS11 et de Puma. En
1976, des hélicoptères ‘Gazelle’ sont affectés au GALDIV 4.
Suite à la restructuration de l’Aviation Légère
de l’Armée de Terre qui intervient en 1977, le 3ème R.H.C. est
créé sur le site d’Etain-Rouvres, à partir du GALDIV 4.
HISTORIQUE DU 3ème RHC
Le 3ème RHC est l’héritier des
traditions du 3ème Groupe
Aérien d’Observation d’Artillerie créé le 16 mai 1947 à Haïphong
(Indochine) à partir du peloton d’avions de la 9ème
Division d’Infanterie Coloniale. Il est alors équipé de Morane Saulnier MS
500 ‘Criquet’, la version française du fameux Fieseler ‘Storch’
allemand. Les équipages sont mixtes : pilotes issus de l’armée de l’Air
et observateurs de l’Artillerie. La
mission est très claire : le réglage d’artillerie avant tout. Le 3ème
GAOA est engagé dans plusieurs opérations au Tonkin (fin 1947, novembre 1948
à janvier 1949). Le 1er octobre 1950, le 3ème GAOA
devient le 23ème GAOA. Le groupe opère à partir du terrain d’Hanoï-Gia
Lam, puis de Bach Maï et fournit aussi des détachements opérationnels sur
Haïphong, Nam Binh et Cat Bi. La mission évolue, et le réglage de tir d’artillerie
ne représente plus qu’une très faible proportion des missions au profit de
la reconnaissance et de l’accompagnement des troupes au sol ainsi qu’à la
liaison. Le groupe s’illustre dans toutes les opérations du Tonkin comme
celles de Vinh Yen, la Rivière Noire (décembre1951), RC6 (janvier 1952), Hoa
Binh (février 1952) et Na San (novembre 1952).
Le groupe se replie sur Donson (Tonkin) le 27 juillet
1954, terrain qu’il quitte pour Saïgon le 28 avril 1955. Le 23ème
GAOA est dissous le 31 mai 1955. Il totalise alors 34.500 heures de vols de
guerre effectuées en 13.600 missions. Quarante quatre avions ont été
atteints ou détruits par la DCA !
Le 1er août 1977 est créé le 3ème
Régiment d’Hélicoptères de Combat, qui reprend les traditions du 23ème
GAOA. Dès 1980, le régiment conduit l’expérimentation du système d’arme
antichar ‘HOT’.
En 1985, le régiment est intégré à la 4ème
division Aéromobile (qui deviendra 4ème Brigade Aéromobile en
juillet 1999)
Le Régiment participe à l’opération ‘Tempête
du désert’ lors de l’offensive finale contre les troupes irakiennes du 21
au 28 février 1991. Ce sera l’occasion pour l’unité de réaliser
quelques ‘cartons’ sur des objectifs de l’armée irakienne, malgré des
conditions d’emploi des matériels fort différent du contexte centre-Europe pour lequel les tactiques de combat avaient été
élaborées.
Puis lors du conflit en ex-Yougoslavie, en mars et
avril 1992,le 3ème R.H.C. participe à l’évacuation de plus de
750 personnes de l’enclave de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine.
En 1994, le 3ème RHC est présent lors de
l’opération humanitaire ‘Turquoise’ au Rwanda.
Des ‘Gazelle’ HOT VIVIANE du régiment sont envoyées en Egypte en
octobre 1997 lors d’un exercice « Bright Star ». Le 3ème
RHC participe aux détachements ALAT de l’opération ‘Trident Humanitaire’
en Macédoine (décembre 1998 à avril 1999) et effectue des missions d’héliportages
au Kosovo en juin de la même année.
Sous mandat de l’ONU, le 3ème RHC
participe avec la Marine Nationale à l’opération ‘Santal’ au Timor
Oriental (Indonésie), de septembre à décembre 1999. (1)
Les missions à caractère humanitaire se poursuivent
puisque le régiment est engagé dans l’opération ‘Limpopo’, au
Mozambique, en mars 2000 afin de secourir les populations sinistrées par les
inondations. Le 4 juillet de cette année est créée la 1ère
escadrille ‘Mistral’ du 3ème RHC (EHAP1).
De mai à septembre, le 3ème RHC
arme les deux détachements ALAT engagés dans les Balkans, un en
Bosnie, le second au Kosovo.
Le
Régiment participe à l'opération "Licorne" en Côte d'ivoire dés
janvier 2003, théâtre qu'il retrouvera en juin 2004. Les hélicoptères n'y
ont pas fait de figuration, puisque plusieurs centaines d'obus de 20 m/m ont
été tirés en appui lors de "rencontres" entre nos troupes au
sol et les rebelles !
Suite
au tsunami de janvier 2005, 9 Puma du 3ème RHC sont projetés en 72 heures en
Indonésie afin de porter secours aux populations sinistrées par acheminement
de vivres, médicaments, eau potable et matériels de reconstruction tout en
assurant le transport de plusieurs centaines de personnes. Bref, les missions
humanitaires sont toujours à l'ordre du jour !
 |
|
En
rassemblement, une Gazelle du
3ème RHC. Photo YF
|
LE 3ème R.H.C.
en 2005
Fort d’environ 950 personnes, dont
78 officiers et 482 sous-officiers, le 3ème
RHC se compose de 12 escadrilles : 4 de logistique et de soutien qui
permettent la mise en œuvre de 46 hélicoptères (30 Gazelle et 16 puma) répartis en 7 escadrilles
de vol. Celles-ci nous
intéressent plus particulièrement. Le régiment est constitué d’une
escadrille de reconnaissance, l’EHR (Esc.
d’Hélicoptères de Reconnaissance) qui utilise une dizaine de Gazelle,
en version dite ‘lisse’ pour la ‘reco.’ de jour ou équipées d’une
caméra VIVIANE pour la reconnaissance de nuit. Une partie de la protection
des autres hélicoptères engagés est dévolue à la toute récente EHAP 1 (Esc.
d’Hélicoptère d’Appui
Protection) dotée de 7 SA 342 Gazelle ‘Mistral’. Le système ‘Mistral’
est le plus récent mis en œuvre
au sein de l’ALAT. Mais il est à noter toutefois, que pour des raisons
«administratives», la pleine capacité opérationnelle nocturne de l’escadrille
n’est pas encore officielle même si la plupart des équipages est d’ors
et déjà qualifiée au combat de nuit. Armées de 4 missiles air-air ‘Mistral’,
les Gazelle de l’EHAP 1 sont en mesure d’engager des hélicoptères ou des
avions de combat en vol subsonique. Rappelons que le missile ‘Mistral’ est
une arme à guidage infrarouge de type ‘tire et oublie’ qui contient 3kg d’explosif
et 1500 billes de tungstène. Dès le tir, le propulseur
fonctionne 2 secondes ce qui permet une accélération à Mach 2,4,
puis le vol se poursuit en balistique avec guidage jusqu’à l’impact ou l’explosion
déclenchée par une fusée de proximité (d’une portée d’environ 5
mètres). Le domaine de tir idéal est compris entre 800 et 5500 mètres pour
un plafond de 3000 mètres. Une sécurité provoque la destruction du missile
après 14 secondes de vol, ce qui correspond à une distance 6 kilomètres. Le
tir en vol stationnaire (type embuscade) est privilégié. Les quatre armes
peuvent être tirées en une seule salve ou 2 par 2. Dés le premier missile
tiré, un second reste accroché sur la cible, si ce second missile ci est tiré, un autre
prend le relais, etc... L’équipage dispose d’un viseur ‘tête
haute’ T200. Le calculateur prend en compte l’ensemble des paramètres du
vecteur et de la cible pour idéaliser la trajectoire. Les E3F SDCA de l’Armée
de l’Air peuvent aussi parfaitement diriger les Gazelle de l’ALAT contre
des chasseurs ou des hélicoptères volant à basse altitude.
Le système trouve ses limites dans le contraste infrarouge, qui est
très dégradé par forte humidité (brouillard par exemple). Le dernier
obstacle à franchir pour un emploi nocturne est celui de l’identification
de la cible. Un interrogateur IFF en évaluation est en fin de développement
et permettra enfin le combat antiaérien de nuit. Pour parfaire l’entraînement,
l’escadrille peut compter sur une dotation annuelle de trois missiles qui
sont tirés sur des drones. Les dernières campagnes de tir au Centre d’Essais
des Landes de Biscarosse en novembre 1999 et aux îles du Levant en avril 2000
ont vu 100% de coups au but.
 |
 |
 |
| La
Gazelle de recco 'BXO' prête à s'aligner.... |
Equipage (le pilote est en place droite, le chef de bord en place gauche) en
vol. YF
|
SA 342 Gazelle ‘ BXS’ s’envole pour une mission d’entraînement. A
noter en arrière plan, une autre machine utilisée pour
l'entraînement spécifique au vol aux instruments. YF |
L’EHAP 2 utilise quant à elle dix SA 341 Gazelle
‘canon’, une version légèrement moins motorisée que la SA 342. En
effet, cette version est dotée d’une turbine Astazou IIIA d’une puissance
maximale de 600CV (contre 840CV). Elle emporte en point droit un canon GIAT
M621 de 20m/m d’une cadence de 700 coups par minute approvisionné à 240
obus. Associé au collimateur tête haute T200, il permet
le combat air/sol et air/air. D’une portée idéale de 800 mètres il
est maintenant, avec l’apparition du missile ‘Mistral’, plus orienté
vers l’appui sol, l’escorte en profondeur des ‘Puma’ de transport ou
la reconnaissance armée au
profit des troupes au sol (exemple d’utilisation lors du conflit au Kosovo).
Le cadre d’emploi des SA 341 ‘canon’ de l’EHAP2 inclus le tir de nuit
avec JVN.
L’escadrille
assure de nombreux détachements
outre-mer (Balkans, Djibouti…) Cette version d’appui est démunie du
système de navigation NADIR mais toutefois équipée du GPS.
 |
|
SA
330 n° 1198 codé ‘BZR’ de l’EHM1 dans
son camouflage conçu pour
les zones désertiques. Ce camouflage est permanent et les PUMA ne sont
pas repeints au retour d’un détachement
outre-mer. Photo YF
|
Le transport est assuré par les EHM 1 et EHM 2 (Escadrille
d’Hélicoptères
de Manœuvre) équipées chacune de 7 SA 330 Puma (Ci
contre). Ces deux escadrilles
doivent elles aussi faire face à de nombreux détachements en outre-mer avec
en corollaire les vols opérationnels qui prennent le pas sur le quota des
vols d’entraînement. De plus, durant la saison estivale, une machine est en
alerte pour le renfort de la lutte contre les feux de forêts dans le sud de
la France. Malgré tout, les pilotes effectuent en moyenne 150 heures de vol
par an, ce qui permet de maintenir la qualification, y compris en vol de nuit.
Les deux EHM n’ont pas pour vocation première de voler la nuit, toutefois
environ 20% des heures sont consacrées aux missions nocturnes sous JVN.
Fer de lance du régiment, les EHA 1 et 2 (Esc.
d’Hélicoptères d’Attaque) sont dotées chacune de dix SA 342 Gazelle
HOT ‘VIVIANE’. Ce système rassemble dans une même plate forme
gyro-stabilisée une caméra thermique associée à une caméra optique ainsi
qu’un télémètre laser. Il permet l’acquisition et le tir sur une cible
de jour comme de nuit, par tous les temps. La caméra infrarouge offre quatre
champs décrits dans le tableau ci dessous :
| CHAMPS |
GROSSISSEMENTS |
| Très
grand champ |
30°
× 20° |
1,5
× |
| Grand
champ |
6°
× 4° |
7,5
× |
| Champ
restreint |
2,4°
× 1,6° |
19
× |
| Loupe |
1,2°
× 0,8° |
38
× |
Le
grossissement le plus élevé est principalement utilisé lors du tir d’un
missile HOT pour la visée sur un point très précis tels qu’une porte ou une
fenêtre d’un bâtiment. La caméra
optique offre quant à elle deux grossissements : 3,2× et 11×. Le
télémètre laser a une portée de 8000 mètres. Pour la restitution de la
mission, un enregistreur REVIITAX peut être ajouté.(3)
Ci
dessus, prés au tir, gros plan sur le moniteur de restitution du système
VIVIANE. Le réticule se situe sur le hangar principal de la base désaffectée
de Chambley, à une distance d’environ 3600m. L’affichage peut se faire en
mode normal ou inversé (positif/négatif),
au choix. Dans un proche avenir, ce petit moniteur devrait être remplacé par
un écran plat de plus grandes dimensions. Ici, l’hélicoptère n’est pas
visible de l’objectif, seule le viseur VIVIANE dépasse du sommet des arbres.
En
cas de conflit, la mission de ces escadrilles, engagées au sein de la brigade aéromobile,
consiste à détruire en priorité les véhicules blindés ennemis. Les hélicoptères
peuvent intervenir dans ce cas sur les flancs des troupes amies ainsi que dans
la profondeur du dispositif ennemi jusqu’à une distance de plusieurs dizaines
de kilomètres ! Particularité du 3ème RHC, la capacité
d’attaque nocturne grâce à la Gazelle HOT ‘VIVIANE’.
En effet, premier régiment doté de Gazelle
‘VIVIANE’, le 3ème RHC a eu en charge l’expérimentation
de ce système durant ces quatre dernières années ainsi que la
formation des premiers équipages. Durant cette expérimentation, les équipages
ont ainsi vu leur taux d’heures de vol de nuit augmenter sensiblement, puisque
chaque pilote a effectué en moyenne 170 heures de vol par an, prés d’un
tiers de ce total consacré aux heures de nuit. Toutefois, cette proportion est
d’ors et déjà maintenue pour l’entraînement. Il est à noter qu’en plus
des vols d’entraînement de nuit, chaque pilote tire un missile ’HOT’ de
nuit chaque année. Les derniers tirs effectués l’ont été en Norvège, lors
d’un exercice international, ce qui a permis à nouveau de tester le système
par grand froid. (4)
UNE MISSION HOT
VIVIANE
LE BRIEFING : Les missions nocturnes, d’attaque comme
ici, ou de reconnaissance, impliquent donc une préparation minutieuse. Un
briefing détaillé permet de planifier tous les détails de l’opération.
Nous avons pu le vérifier au cours d’une répétition de jour d’une mission
de type nocturne. Lors de notre visite, l’objectif à traiter se situe sur
l’aérodrome désaffecté de Chambley, à une trentaine de kilomètres au sud
d’Etain.
L’ordre
de mission est arrivé 4 heures auparavant. Les équipages ont étudié l’itinéraire,
les postes de tir et la coordination. Nous en sommes à la phase de restitution
et de coordination, phase ultime avant le décollage. Une patrouille de deux
Gazelle HOT ‘VIVIANE’ est prévue, avec comme objectifs un centre de
commandement et un hangar.
La
préparation du vol s’effectue à partir de photographies aériennes, de
renseignements d’unités au sol et de cartes au
1/50000ème. Ces cartes permettent de vérifier l’environnement des
objectifs (présence de végétation, de lignes à haute tension). Ici, il est
clair et dégagé, seule la présence de bâtiments à l'arrière-plan pourrait
se révéler gênante et entraîner une confusion avec les objectifs. Il est
donc important de relever avec précision un azimut et un site de manière à préafficher
ces éléments pour être certain que ce qu’il y aura dans le viseur sera bien
le but à détruire. Une fois le point faible de l’objectif trouvé, il faut déduire
le meilleur poste de tir et en déduire ainsi le cheminement le plus sûr pour y
arriver Les calculs ont été faits : le poste de tir idéal est choisi
ainsi que l’itinéraire d’infiltration en ‘allure de combat’ (5)
L’ailier
traitera le premier objectif (le centre de commandement) au 167, le chef de
patrouille attaquera le second au 180. Les distances des objectifs aux postes de
tir seront respectivement de 3500 et 3800 mètres pour un temps de vol des
missiles HOT de 15 et 16 secondes. L’altitude de tir sera de 250 mètres.
La
précision des cartes permet de visualiser fermes isolées, petites routes,
chemins, thalwegs. Bref, tout ce qui pourra faciliter le cheminement !
L’itinéraire de mise en place et le timing sont calculés. Cette préparation
de mission permet aux équipages de faire un déroulé de mission en silence
radio complet jusqu’à l’horaire de mise à feu.
Bref
rappel des fréquences radio et des conditions de sécurité (activation des
zones aéronautiques ou non, présence d’autres vols de nuit) et nous partons
aux machines. (6)
LE VOL :
Dés le décollage nous obliquons vers le sud en troisième allure (120 mètres
d’altitude, 200km/h), nous passons ‘Lima India Alpha 1’, un point de
convergence de deux lignes à haute tension, puis un petit village où personne
ne semble prêter attention à nos machines, pour arriver en pleine campagne :
des champs à perte de vue semés de quelques bosquets ici et là. La camera
VIVIANE est activée. Sa précision est réellement stupéfiante ! De
petits objets sont distingués bien avant de les voir réellement. Là, un vieux
fût d’essence au bord d’un chemin, plus loin une petite remorque dans
l’ombre d’un arbre… D’importants bosquets à la lisière desquels nous
louvoyons à
vive allure permettent une progression discrète.
Changement de grande direction
au point ‘Bravo2’ où nous mettons le cap à l’ouest. Les bois laissent à
nouveau place aux cultures et pâturages. Arrive le point ‘Charlie3’, nous
passons en première allure (50 m et 120 km/h maximum). Nous longeons les côtes
de Meuse jusqu’à la côte des Eparges. Changement de cap pour repartir plein
est. Nous passons très prés d’une ligne à haute tension au bout de laquelle
se trouve un transformateur. Puis une petite route départementale passée à 90°
s’efface rapidement. J’ai juste le temps d’apercevoir quelques
automobilistes surpris ou impressionnés car nous volons bas ! Puis débute
l’infiltration tactique. Arrivés au ‘P.A.C.’ (Point d’ Allure de
Combat), à une distance d’environ 5 kilomètres du poste de tir, la
patrouille passe en ‘allure de combat’. Les hélicoptères réduisent la
vitesse, nous descendons en dessous des 50 mètres pour une vitesse de quelques
dizaines de kilomètres à l’heure ! En fait, les machines épousent
chaque relief, chaque dépression. J’ai l’impression que nous allons nous
poser, mais le vol se poursuit. Magie de l’effet de sol. Une ligne moyenne
tension barre la route à la patrouille. Je ne vois que les poteaux, mais les
lignes mortelles sont là, parfaitement visibles sur le moniteur de la caméra
VIVIANE. Un petit thalweg permet aux hélicoptères de se faufiler sous les câbles
électriques, la menace létale pour un hélicoptère léger est évitée en
toute sécurité. La progression continue au-dessus des champs balayés par le
souffle des rotors. Je me rends vite compte que l’altitude est vraiment très
basse car la patrouille s’approche d’enclos à
bétail et les hélicoptères doivent
prendre un peu de hauteur pour passer de simples clôtures ! 
La
hauteur de vol, si le terme est encore fondé, n’excède guère le mètre !
Une forêt est devant notre formation, nous profitons du couvert de ses grands
arbres. Le silence radio est total, nul ne devrait donc se rendre compte de
notre approche avant qu’il ne soit trop tard. 35 minutes de vol et nous
arrivons sur le poste de tir. La patrouille se maintient en vol stationnaire,
toujours très prés du sol. Le ‘T.O.T.’ (Time On Target) est prévu à
H+36’.
Cette minute de répit est mise à profit pour vérifier l’aptitude
au tir et l’espacement des machines, ainsi que pour préparer le tir laser.
TOT : les machines s’élèvent verticalement. Les bâtiments de Chambley
sont clairement visibles au-dessus des frondaisons. Maintenant nous sommes détectables !
Les contacts radios sont rétablis. Le chef de patrouille annonce :
-« prêt »
Puis
commande :
-« tir
laser, 3, 2, 1, top ! »
Les
deux machines effectuent simultanément un tir laser. Les distances aux buts et
les temps de vol des missiles sont contrôlés, les azimuts et gisements confirmés.
Puis,
-« Pour un tir missile, 3, 2, 1, feu ! »
16
secondes plus tard, le chef de bord annonce :
-« destruction »
Le
chef de patrouille ordonne :
-« esquive »
Immédiatement
les hélicoptères replongent sous le couvert des arbres et s’éloignent du
poste de tir en allure de combat. La durée pendant laquelle les hélicoptères
sont restés à découverts n’a pas excédé 60 secondes, bien peu de temps
pour que l’adversaire puisse tenter quoique ce soit !
Arrivée
au ‘P.A.C.’ la patrouille se reforme pour un retour vers la base d’Etain.
Nous atterrissons après 1 heure et 10 minutes de vol.
Cette mission, effectuée de jour, se déroulerait
de nuit exactement dans les mêmes conditions. La seule différence réside dans
l’équipement, puisque les équipages sont alors munis de J.V.N.
Yves FAUCONNIER
NOTES :
(1)
Beaucoup plus prés de nous,
après la tempête du 26 décembre, quelques ‘Gazelle’ sont sollicitées au
profit de l’E.D.F. pour des missions de reconnaissance des lignes à haute
tension.
(2)
Outre ces deux détachements,
qui mobilisent 270 personnes pour 4 mois, ainsi que d’autres dans des pays
d’Afrique, le régiment assure aussi une permanence pour 6 mois au sein du DétALAT
embarqué sur la « Jeanne d’Arc » ! Pour certains équipages,
cela représente jusqu’à 8 mois de présence hors de la métropole.
(3)
Les capacités du
système sont aussi pleinement utilisées par l’EHR lors de missions nocturnes
et autorisent ainsi une reconnaissance à distance de sécurité et une complète
restitution au retour du vol.
(4)
Une expérimentation
grand froid (par –25°) avait déjà eu lieu en février 1998 à Valcartier,
au Canada.
(5)
L’allure de combat
est un couple hauteur minimale/vitesse maximale indissociable. 3 allures de
combat existaient déjà dans l’ALAT : 3ème allure (120/150 mètres
minimum à la vitesse maximale des machines), 2ème allure (100m
mini, 180km/h maximum) et 1ère allure (50m mini, à une vitesse
maximale de 120km/h). L’allure de combat permet l’ouverture d‘un domaine
de vol nouveau. Elle utilise l’effet de sol, pour des évolution au ras de
celui-ci à des vitesses de l’ordre de quelques dizaines de km/h tout au plus !
(6)
Les missions de nuit
nécessitent systématiquement le dépôt d’un plan de vol.
Remerciements :
:L’auteur exprime ses plus vifs remerciements au LCL Perrot, Chef de Corps du 3ème
RHC, et à tous ses personnels qui, par leur accueil et disponibilité, ont
rendu possible ce reportage ainsi qu’au Cdt Bou, du SIRPA/Terre. Un grand
merci au Capitaine Lecaplain pour le vol photo !
(2000).
Mes remerciements les plus vifs au Lieutenant Philippart pour les
facilités offertes (2005).
JPO
des 18 et 19 Juin 2005
Avec mes plus vifs remerciements au Lieutenant
Philippart pour son aide,
Yves Fauconnier
Retour
au plan du site
Me
laisser un message ?/ send me an e-mail?
|